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DIABLO est mon pseudo pour ce blog. J'ai 58 balais, j'ai des origines corréziennes, j'habite près de Paris mais on peut parfois me rencontrer en Normandie, entre Arromanches et Ouistreham. Je suis cadre administratif, syndiqué à la CGT, dans une multinationale faisant partie du CAC 40. Je me définis comme un patriote républicain, fervent défenseur de l'indépendance nationale et de la souveraineté populaire. Membre d'aucun parti, j'assume, par ailleurs, ma sensibilité communiste et me définis comme un "rêveur de mieux". Je pratique le dessin et la photo en amateur. J'anime ce blog et vous invite à commenter mes publications. Echangeons, débattons... Salut et fraternité
Quelques-unes de mes lectures :
Outre de nombreux livres, je lis régulièrement LE PARISIEN, L'HUMANITE-DIMANCHE, LE MONDE
DIPLOMATIQUE, parfois L'HUMANITE; mais aussi MARIANNE, OUEST-FRANCE et des revues comme SINE-HEBDO, LE SARKOPHAGE, LE PLAN B, CQFD ou
encore COMMUNE revue trimestrielle. Je lis très rarement LE MONDE, LE FIGARO ou LIBERATION et je boycotte CHARLIE-HEBDO. Je suis également abonné à
INITIATIVE COMMUNISTE, le mensuel du Pôle de Renaissance Communiste en France.






Après avoir visionné « APOCALYPSE» sur « France 2 », mon ami Jean Lévy livre, sur son blog, quelques réflexions... A lire ici
En ces jours de sortie du film "L'armée du crime"
qui montre le rôle des communistes contre le nazisme, ripostons massivement et résolument à l'anticommunisme et à toutes ses expressions.
Nous, cadres, membres, amis et sympathisants des Partis communistes et ouvriers, élus aux parlements, au niveau local, à la direction des syndicats et des
organisations de masse, dénonçons la tentative d'assimiler le communisme avec le nazisme au travers des efforts visant à proclamer le 23 août de « jour de la mémoire de leurs
victimes ».
Cet effort de falsifier l'histoire a le soutien de forces politiques au service du capital s'est manifesté de diverses façons au cours des dernières années,
notamment par des résolutions de divers organes inter-étatiques et d'institutions parlementaires, mais aussi plus récemment par des articles de presse falsificateurs dont celui du journal
« Libération » en date du 17 Septembre 2009.
Ayant d'abord rebaptisé le 9 mai, jour de la victoire des peuples (1945) en “journée de l'Europe” dans le but d'effacer la photo du drapeau rouge flottant
sur le Reichstag, ils poursuivent aujourd'hui leur plan d'identifier la victime avec le bourreau en se référant à la journée (23 août 1939) où le pacte Molotov-Ribbentrop de non-agression a été
signé.
Ces forces visent à dissimuler le caractère de classe impérialiste du nazisme-fascisme.
Elles veulent cacher le fait que la victoire des
peuples porte le sceau indélébile de l'Union soviétique, de l'Armée rouge et des mouvements de partisans, dans lesquels les communistes ont été à l'avant-garde dans le monde entier.
Ces forces veulent blanchir l'impérialisme, qui a engendré le fascisme. Aujourd'hui, 20 ans après la contre-révolution, elles veulent blanchir les massacres
impunis que ce même impérialisme perpètre le monde.
De cette façon, elles aspirent à atteindre politiquement et idéologiquement tous ceux qui continuent à lutter contre l'exploitation et l'injustice de classe,
qui résistent à l'attaque barbare contre tout droit social, syndical et démocratique du peuple projeté dans les conditions de crise économique mondiale du capitalisme .
Travailleurs, paysans, femmes, jeunes, retraités, anciens combattants et combattants de la lutte antifasciste,
-Mobilisez-vous vigoureusement contre la ré-écriture et la falsification de
l'histoire
-Donnez une réponse résolue afin d'annuler toute tentative d'organiser des manifestations anti-communistes, le 23 août.
-Faites connaître la vérité historique
-Défendez la lutte intransigeante contre l'impérialisme, pour une autre société, sans guerre, sans chômage, sans pauvreté et exploitation , pour le socialisme.
Mise à égalité du nazisme et du communisme,
ou comment les bourgeoisies européennes fabriquent une « histoire de l’Europe nouvelle »
C’est fait depuis 2008. Pour l’Union Européenne (UE), dans un vote allant des députés d’extrême droite aux Verts et à une partie des socialistes, l’Union Soviétique égale le nazisme. A son tour le 3 juillet 2009, le parlement de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) vient de déclarer la date du 23 août journée de commémoration des : « victimes du stalinisme et du nazisme ».
La date du 23 août ne doit rien au hasard, il s’agit du 23 août 1939 date à laquelle fut signé le pacte dit « germano-soviétique ». Le texte de l’UE ne fait pas mystère des intentions des auteurs qui estiment qu’ « une réévaluation de l’histoire de l’Europe et une prise de conscience de tous les aspects historiques de l’Europe moderne renforceront l’intégration européenne….». Ainsi, il s’agit de reconstruire l’histoire de l’Europe en niant le rôle décisif de l’URSS dans la défaite du nazisme. Pas un mot sur la position des puissances occidentales, France, Angleterre et Pologne qui ont laissé les mains libres à Hitler en Tchécoslovaquie (et même, comme la Pologne, ont participé au dépeçage de ce pays). Pas un seul mot sur le choix délibéré de la défaite de la bourgeoisie française et de sa collaboration avec le nazisme.
Faut-il rappeler que ce sont les dirigeants du patronat français qui ont lancé dès 1938 la formule : « Plutôt Hitler que le Front Populaire » ! Les auteurs de ces textes non seulement détournent le sens du pacte germano-soviétique, mais ils regrettent que l’URSS n’ait pas été vaincue dans l’affrontement avec les puissances nazies et fascistes coalisées. Car enfin, si ce pacte a été signé, c’est parce que l’Angleterre et la France ont refusé obstinément tout accord de défense avec l’URSS. C’est parce qu’elles ont préféré pactiser avec Hitler à Munich.
Ce « pacte » a permis à l’URSS de poursuivre sa politique de défense pour un choc qu’elle estimait à juste titre inévitable. Elle a gagné du temps, commencé à déplacer son industrie vers l’Est et mis 400km de plus entre sa frontière et celle de la coalition fasciste. Quand on sait que les troupes nazies sont arrivées dans les faubourgs de Moscou, on mesure combien la condamnation du pacte est un aveu de ceux qui souhaitaient avant tout la défaite de l’URSS.
source : « site communistes.org »
Le pacte germano-soviétique (ou Pacte Molotov-Ribbentrop) est un traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne, comportant des closes territoriales et économiques . Une clause secrète prévoit le partage de la Pologne en zones d'influence allemande et soviétique, la limite passant par les fleuves Narew, Vistule et San. Le pacte fut signé le 23 août 1939 au Kremlin.
Approche historique:
Grâce à certains ouvrages, rédigés entre autres par des soviétiques, mais aussi par des auteurs contemporains, on peut penser que l'Allemagne nazie aurait eu la possibilité d'occuper tout le territoire polonais, et éventuellement d'obtenir un droit de passage sur les pays baltes et la Finlande. Un assaut contre l'Union Soviétique aurait alors permis la prise de Moscou et de Léningrad en quelques semaines, l'Europe serait alors tombée beaucoup plus aisément entre les mains des pays fascistes.
Les négociations avec la France et le Royaume Uni pour pousser la Pologne à accepter l'aide soviétique fut un échec, embourbée par la diplomatie française. De plus, en 1937 l'URSS, ruinée par la Révolution (non pas que la Révolution ait ruiné la Russie mais plutôt que les combats que durent mener les bolchéviks contre la bourgeoisie et les féodaux furent assez éprouvants), par des conditions climatiques défavorables et par les guerres contre les blancs et les forces françaises et anglaises, avec une armée affaiblie par les troubles politiques est très loin de disposer d'un arsenal suffisament puissant pour repousser Hitler. Dans l'éventualité d'une guerre avec l'Allemagne, l'aide française et anglaise aurait été probablement inexistante, comme l'a montré l'absence de réaction à la remilitarisation de la Rhénanie et à l'invasion de la Pologne par l'Allemagne. Les craintes de Staline furent confirmées par la conférence de Munich, qui vit l'annexion de la Tchécoslovaquie, démocratie bourgeoise, forte d'un potentiel industriel et militaire non négligeable. Seuls 75 députés votent contre les accords de Munich. Parce que le PCF dénonça Munich, certains hommes politiques voulurent l'interdire. N'oublions pas non plus qu'en 1920 la Pologne annexa une petite partie de la Russie, à l'aide de militaires français comme Weygand. C'est exactement cette partie de la Pologne qui sera reprise par la Russie soviétique.
Le 23 août 1939 Staline annonce au politburo son intention de signer un pacte de non-agression avec l'Allemagne. Trois jours plus tard le pacte est signé au Kremlin, pour une durée de dix ans, par les ministres des affaires étrangères Joachim von Ribbentrop (Allemagne) et Molotov (URSS).
« Les hautes parties contractantes s'engagent à s'abstenir de tout acte de violence, de toute agression, de toute attaque l'une contre l'autre, soit individuellement, soit conjointement avec d'autres puissances ».
Le pacte permit donc à l'URSS de gagner du temps pour construire une armée puissante en convertissant rapidement l'industrie lourde en une industrie de guerre et d'améliorer sa position stratégique sur l'Allemagne nazie. Staline profita du front unique pour attaquer la Finlande, annexer les pays baltes et envahir la Roumanie. De plus, on peut penser que la chute rapide de la France, considérée jusqu'alors comme la première puissance militaire, fut totalement inattendue, et qu'une résistance puissante aurait permis d'améliorer encore les dispositifs militaires, mais aussi de combattre une Allemagne d'avantage affaiblie.
-Lettre ouverte à Léon Blum, par André Marty, publié dans les cahiers du bolchevisme second semestre 39 - Janvier 40. Position du PCF entre septembre 39 et janvier 40
-Un article de D. Ramez, On reste perplexe.
-Le livre de Gacon (and co.) La vérité sur 1939.
-Les fils de la Nuit d'Ouzoulias, pour la version PCF des années 70.
-Travail d'Annie Lacroix-Riz (par exemple son article publié dans le Monde Diplomatique). -Notamment deux ouvrages : Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Collin, 2006, 671 p. De Munich à Vichy, l'assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Collin, 2008, 408 p.
-Paul Marie de la Gorce, 39-45 une guerre inconnue.
Le 19 décembre 1964, par un jour glacial, les cendres de Jean Moulin sont transférées au Panthéon, en présence du général de Gaulle. Malraux prononce alors un discours resté gravé dans les mémoires de ceux qui l’entendirent .
Monsieur le président de la République,
Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d’un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d’aujourd’hui, combien d’enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d’enfants...
Puissent les commémorations des deux guerres s’achever par la résurrection du peuple d’ombres que cet homme anima, qu’il symbolise, et qu’il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l’organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent de légende, voici comment je l’ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l’aube. Il est d’usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l’ensevelissement des morts français.
Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d’action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd’hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif. » C’était bien l’opinion du général de Gaulle. Néanmoins, lorsque, le 1 janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n’était encore qu’un désordre de courage : une presse clandestine, une source d’informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n’existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d’être des Français résistants, et devenir la Résistance française.
C’est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s’y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n’être qu’une légion), pas seulement parce qu’une partie de l’empire avait rallié la France libre. S’il venait demander au général de Gaulle de l’argent et des armes, il venait aussi lui demander « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour ; le maintien du combat, quel qu’en fût le lieu, quelle qu’en fût la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux « forces immenses qui n’avaient pas encore donné », qu’à : « Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. » La France, et non telle légion de combattants français. C’était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l’allié qui l’armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l’union entre eux et avec tous les autres combats, car c’était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C’est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l’armée d’Afrique, depuis la Provence jusqu’aux Vosges, combattra au nom du gaullisme comme feront les troupes du Parti communiste. C’est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d’une boîte d’allumettes, la microphoto du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. » Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu’entraîne le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. A partir du débarquement, il apparaît que la France va redevenir un théâtre d’opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l’action du noyautage des administrations publiques) sont à l’échelle de l’Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu’elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n’ignore plus l’aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s’il est relativement facile de faire sauter un pont, il n’est pas moins facile de le réparer ; alors que s’il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu’une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d’un plan d’ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d’ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l’unité de la Résistance.
C’est à quoi Jean Moulin s’emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l’autre : « Et maintenant, essayons de calmer les colères d’en face... » Il y a, inévitablement, des problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l’exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d’être spolié au bénéfice d’un autre maquis ou d’un autre groupe, qu’indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien « préfet de gauche », chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule !
Jean Moulin n’a nul besoin d’une gloire usurpée : ce n’est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-tireur, c’est Frenay, d’Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n’est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l’histoire recueillera tous les noms. Ce n’est pas lui qui a fait les régiments mais c’est lui qui a fait l’armée. Il a été le Carnot de la Résistance.
Attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle ; penser qu’elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l’Europe ; voir dans l’unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l’unité de la nation, c’était peut-être affirmer ce qu’on a, depuis, appelé le gaullisme. C’était certainement proclamer la survie de la France.
En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d’un presbytère. En avril, le Service d’information et de propagande, puis le Comité général d’études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le général de Gaulle décidait la création d’un Comité de coordination que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l’Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu’à la Libération, nous appellerions les Murs) était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l’Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l’émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : "Mettez-vous au garde-à-vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l’honneur et par la victoire". Et pendant que de Gaulle lui donnait l’accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu’il s’était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l’ennemi. » Les tortures de l’ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l’avion qui va le parachuter au nord de Roanne.
Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c’est l’unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu’au jour du débarquement, I’armée en haillons de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération.
Jean Moulin en retrouve les membres, qu’il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l’univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C’est alors qu’elle commence à combattre en face de l’enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier : « J’espère qu’ils nous fusillerons avant. » Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller.
La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C’est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d’armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d’enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé.
Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance.
Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines dans un Etat d’où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige. »
Puis il donne lecture d’un message du général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l’unité de cette Résistance qu’il représente.
Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l’Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris.
Aucun successeur ne s’impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l’arrivée de Serreules : « Si j’étais pris, je n’aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant... » Il veut donc désigner ce successeur avec l’accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire.
Ils l’y attendent, en effet.
La Gestapo aussi.
La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu’aux trois quarts d’heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu’elle tient le chef de la Résistance.
En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l’avoir fait torturer, l’agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu’il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. »
Comprenons bien que, pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit M Moulin, il savait tout.
Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu’elle ne croit qu’aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n’a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d’ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures.
Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n’arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu’on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l’une des premières divisions cuirassées de l’empire hitlérien, la division "Das Reich".
Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique et les combats d’Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle - nos frères dans l’ordre de la Nuit... Commémorant l’anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Ecoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d’anniversaire qui sonneront comme celles d’il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. »
L’hommage d’aujourd’hui n’appelle que le chant qui va s’élever maintenant, ce Chant des partisans que j’ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d’Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France...
source : « comité valmy »
La valorisation du patrimoine est aussi sélective que la mémoire. Les responsables de la Ville de Paris viennent à nouveau d’en fournir la vérification.
Au 226 de la rue de Vaugirard dans notre 15ème arrondissement se trouvait un immeuble du XVIIIème siècle : l’ancienne Auberge du Soleil d’Or.
Du bâtiment, il faut désormais parler au passé.
Bien sûr, nous ne pouvions qu’approuver l’objectif de réhabilitation des 21 logements délabrés et leur intégration au parc social, comme la construction de 16 nouveaux logements sur la parcelle (encore que nous ne comprenons pas pourquoi des financements du Conseil régional ont été mobilisés alors que l’opération n’entre pas dans ses prérogatives – mais c’est une autre question).
Mais la « rénovation » brutale s’est avérée être pratiquement une démolition-reconstruction qui n’a rien respecté des éléments anciens. Rien n’est plus identifiable du bâtiment historique.
L’Auberge du Soleil d’Or est pourtant un lieu historiques et non des moindres.
C’est de là que partit dans la nuit du 23 au 24 fructidor an IV (9-10 septembre 1796), le dernier épisode actif de la « Conspiration des égaux », mouvement politique organisé par Gracchus Babeuf. A la suite de son échec, 131 personnes furent arrêtées, 30 fusillées.
Avec la « Conspiration de l’Egalité », pour la première fois dans l’histoire de notre pays, l’idée communiste était devenue un mouvement politique actif : pour la propriété collective, pour répartition égalitaire des richesses produites, contre la bourgeoisie accaparatrice du Directoire.
De ce passé, l’actuelle municipalité de Paris, suivant ses prédécesseurs, n’entend rien garder. Ni le bâtiment, ni sa mémoire.
Dans la brochure en couleurs de la « gauche » au conseil du 15ème, daté de juin 2009, diffusée à des dizaines de milliers d’exemplaires, le Soleil d’or dénaturé est présenté comme le lieu d’une conspiration royaliste de 1791 ( !) et d’une « autre républicaine en 1796 (complot du camp de Grenelle) dont le but était de renverser le directoire ».C’est tout !
Décidément, certains noms font mal.
Babeuf, les Egaux, les origines françaises du communisme : une page de l’histoire que les possédants et leurs serviteurs veulent toujours ignorer !
Nous demandons la pose d'une plaque commémorative!
source : «blog de la section pcf de paris 15ème »
J’enrage. Pasionaria est mise à toutes les sauces. La "pasionara du gouvernement", la "pasionaria des stades", "la pasionaria... Voici l’histoire de Dolores Ibarruri, la véritable, la seule Pasionaria.
Huitième d’une famille de onze enfants, fille et petite- fille de mineurs, née cinq années avant le début du siècle dernier à Gallarta, ville de la province basque de Biscaye, Dolores Ibarruri, dès son plus jeune âge, rêve de devenir institutrice. Dans la petite école située au-dessus de la prison, elle dévore les livres que lui prête son institutrice, Antonia Izar.
« Comment penses-tu pouvoir devenir institutrice alors que tes frères sont ouvriers ? » lui répète sa mère. Misère et ignorance. Dolores ne dépasse pas le cours préparatoire à l’école normale. Elle abandonne les cahiers pour les ateliers de couture puis pour les cuisines des maisons bourgeoises. « La seule issue, l’unique aspiration pour une femme dans mon village, c’était le mariage », disait-elle, avant d’ajouter : « Une vie grise, une vie d’esclave. »
Pour obtenir la main de la jeune et belle Dolores, les prétendants ne manquent pas. C’est Julian Ruiz Gabina qu’elle choisit. Un militant socialiste qui « ne savait pas danser », mais lui offrait ses premiers livres. Elle se marie à l’église de Gallarta et quitte pour la première fois son village pour Santander : un bref voyage de noces dans la famille de son époux avant de s’installer, non loin de là, à Somorrostro. Elle va vite vérifier la dure vérité du proverbe espagnol : « Mère ? Qu’est-ce que se marier ? Fille, c’est coudre, faire des enfants et pleurer. »
Pleurer ? Dolores Ibarruri en aura trop souvent l’occasion : la mort de deux de ses enfants en Espagne, la disparition de son fils Ruben à Stalingrad pendant la Seconde guerre mondiale, l’incompréhension de sa famille, son mari en prison pour idées subversives. « Je suis devenue socialiste à force de côtoyer l’injustice, la misère, et je n’avais pas besoin de me regarder dans un miroir pour voir combien souffraient les autres femmes », soulignait-elle.
Dolores partage les idées de son mari. 1917 va être pour elle une date décisive. Lorsqu’elle apprend la victoire de la révolution russe, Julian se trouve – encore – en prison. « Je ne me sentais pas seule. Cette révolution lointaine, inaccessible était réalité dans une partie du monde. »
Les responsables syndicalistes à la recherche de rédacteurs lui proposent d’écrire des articles dans leur journal « Le Mineur de Biscaye ». Dolores accepte et publie son premier « papier » pendant la semaine sainte, dite semaine de la Passion. Elle ne peut signer de son vrai nom et choisit un pseudonyme, celui qui va devenir célèbre : Pasionaria.
Dolores Ibarruri devient une collaboratrice régulière des publications ouvrières. Elle s’engage pleinement dans le combat politique en 1920, lors de la création du Parti communiste d’Espagne (PCE). Elue membre du comité provincial de Biscaye, elle participe au premier congrès du PCE.
A Somorrostro, les dames de la bonne société sont consternées. On rappelle que, quelques années auparavant, Mme Ibarruri mère entraînait sa fille à l’église San Felicismo pour l’exorciser et demandait au curé de prier en ce sens. Déjà, la jeune Dolores contestait les règles archaïques… La voilà devenue communiste. Les dames de Somorrostro veulent sauver Dolores de l’enfer. La préposée au sauvetage, épouse d’un propriétaire de mines, Mme Sebastiana Ugarte, anime la très pieuse organisation de charité « Les femmes de Saint Paul ». Or, Dolores persiste dans son engagement. Mme Ugarte connaît les ficelles : elle propose à Dolores une maison « confortable avec jardin », et aussi « un bon emploi » pour Julian. Peine perdue.
La vie est dure pour les Ruiz-Ibarruri. Comme pour tous les militants ouvriers persécutés par la dictature du général Primo de Rivera dont le fils, José Antonio, va fonder la Phalange, avant d’avoir son avenue dans toutes les villes d’Espagne comme « martyr » sans cesse célébré du franquisme. Julian subit la prison presque en permanence. S’il en sort, c’est pour enterrer dans un carton deux de ses trois filles. Heureusement, la solidarité entoure la famille.
En 1930, Dolores devient membre du Comité central du PCE. L’année suivante, au cours de la campagne électorale qui précède la proclamation de la République, elle prononce son premier discours à Bilbao. Lorsqu’elle monte à la tribune, Dolores tremble de peur. Tout au long de sa vie, avant chaque allocution, le trac ne l’abandonnera jamais. Déjà, dans la rue, on reconnaît Dolores Ibarruri, cette femme qui lie l’action d’avant-garde au respect méticuleux des traditions. Elle s’habille toujours de la même manière combinant le noir et le blanc et n’utilise les vêtements de couleur que pour confondre les polices à ses trousses. En 1931, à la demande de la direction du PCE, elle quitte Somorrostro pour Madrid. Le couple Ruiz-Ibarruri se sépare. Une rupture qui n’empêchera pas Dolores et Julian de rester pour toujours d’excellents amis.
Les articles de Pasionaria dans « Le Mineur de Biscaye » ne passent pas inaperçus. Dolores Ibarruri rejoint la rédaction de « Mundo Obrero », organe central du PCE. Un soir, en sortant du journal, elle est arrêtée et conduite à la prison pour femmes de Quinones. Premier emprisonnement. Premier choc avec la réalité pénitentiaire. Dans sa cellule, les droits communs font la loi. Elle conquiert l’amitié de la plupart de « ces victimes de la misère » et leur fait chanter « l’Internationale », le 1er mai 1932. Bientôt libre, Dolores n’en vit pas moins un drame : celui de la séparation. Ses enfants restés à Somorrostro lui manquent douloureusement. « La vie m’a montré, indiquait-elle, combien il est difficile pour une femme, pour une mère, de mener la lutte révolutionnaire. La vie, la liberté, rien ne m’importait. Mais les enfants ! Avais-je le droit de les sacrifier ? Cet aspect a été le plus dur. Mes enfants ont souffert avec moi des conséquences des activités de leur mère mais, sans eux, la vie m’aurait été impossible. »
Ruben et Amaya ne seront jamais seuls. Leur mère se déplace beaucoup. Elle prend toujours le soin de trouver un bon toit pour ses enfants. Les retours de voyage se transforment en fête, notamment en 1933 lorsque Dolores revient de Moscou après avoir participé, pour la première fois, à une réunion de l’Internationale communiste. Avec quelques amies, elle organise le Comité national des femmes contre la guerre et le fascisme. Au lendemain de la féroce répression contre l’insurrection asturienne, en octobre 1934, le comité se reconverti en une commission pour l’enfance ouvrière.
Quatre mille Asturiens fauchés par les balles laissent des milliers d’orphelins. Dolores part pour Oviedo et met au point un plan d’évacuation des enfants vers Madrid où les accueillent des familles. Une action qui a d’importantes répercussions en Europe. Et la presse publie la photo de la « Dame en noir ».
Dolores continue sa dangereuse vie de militante en franchissant clandestinement et à pied la frontière des Pyrénées. Chaque passage exige une préparation minutieuse, des guides, des relais. En 1935, elle participe en France à un congrès de solidarité avec les Asturies. Un de ses camarades, Manuel Collinos, l’accompagne lors d’une marche de nuit. « En franchissant des torrents, ironisait-elle, il n’avait qu’une seule préoccupation : maintenir le pli du pantalon du costume qu’on lui avait prêté pour assister au congrès. »
Tout va très vite pour Dolores et la vie devient impossible pour les enfants qu’elle ne peut même pas inscrire dans une école. Aussi doit-elle se résigner à ce que Ruben et Amaya partent pour l’URSS. Peu de temps après, Dolores retourne en prison. Le directeur du centre pénitentiaire pour femmes de Ventas s’appelle Manuel Machado, poète comme son frère Antonio. Le premier écrira les louanges de Franco, le second dénoncera les crimes du dictateur. Dolores préférait Antonio.
Le Front populaire, en 1936, remporte les élections. Dolores Ibarruri devient députée des Asturies. Dès l’annonce de son élection, elle part pour Oviedo et se présente à la porte de la prison où sont parqués des centaines de militants politiques socialistes, communistes, républicains. Dans un premier temps, le directeur refuse de la recevoir et fait installer une mitrailleuse face à la foule rassemblée devant l’entrée. Les négociations se prolongent durant plusieurs heures avant que Pasionaria n’obtienne gain de cause. Tous les prisonniers sont libérés. La liesse populaire emporte Dolores dans les rues d’Oviedo. Le cidre coule à flots.
La relation avec les électeurs ne pose aucun problème à la nouvelle députée. Au parlement, les vieux renards de la politique pensent faire une seule bouchée de « l’ancienne domestique ». Dans les couloirs des Cortes, les conversations portent sur l’événement : une femme, communiste de surcroît, va prononcer une allocution devant ces messieurs les députés. On sourit, on murmure, on attend le spectacle. Lorsque Dolores monte à la tribune, des galeries fusent des ricanements. Pourtant, dès la deuxième phrase, silence. Pasionaria évoque les insurgés asturiens, dénonce la répression, la misère, l’intolérance, avec une fougue qui désarme ses contradicteurs. Le lendemain, le journal de Bilbao, « El Liberal » titre : « Une femme est entrée au Parlement », tandis que la presse madrilène s’exclame : « Quelle femme ! ». Dolores a quarante et un ans. Peu avant de fêter son quarante-deuxième anniversaire, elle est désignée vice-présidente des Cortes.
Dès le début, le Front populaire affronte le sabotage économique mené par le patronat et les grands propriétaires terriens. Les phalangistes assassinent des militants de gauche et des militaires républicains. Le soulèvement fasciste se prépare avec la complicité des députés de droite. Le 18 juillet 1936, le général Franco prend la tête de la rébellion. « Des armes pour le peuple ! », crie-t-on dans les rues de Madrid. Le lendemain, en prononçant son célèbre discours « No pasaran » (Ils – les fascistes – ne passeront pas) Dolores Ibarruri devient pour les Espagnols et le monde entier Pasionaria.
« Ici Radio-Union, depuis Madrid, au siège du ministère de l’Intérieur. Dolores Ibarruri vous parle. » Le speaker ajuste le micro. Dolores, très pâle, déclare : « Ouvriers ! Paysans ! Antifascistes ! Espagnols ! Patriotes ! Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout pour défendre la République, pour défendre les libertés populaires et les conquêtes démocratiques. Tout le pays vibre d’indignation devant ceux qui veulent engloutir l’Espagne dans un enfer de terreur et de mort. Les fascistes ne passeront pas. No pasaran. »
Lorsqu’elle quitte le ministère de l’Intérieur, des groupes se forment près de la Puerta del Sol et crient : « No pasaran ! ». Le mot d’ordre de la guerre d’Espagne est né. Pasionaria harangue les soldats dans les casernes de la capitale, mobilise les travailleurs dans les usines, organise les femmes dans les quartiers. Des milliers de personnes viennent écouter dans les meetings celle qui, entre deux réunions, deux débats, deux articles, n’hésite pas à consacrer du temps à une famille en détresse. La même femme aussi infatigable qu’indomptable qui lance un appel aux peuples du monde : « Aidez-nous à empêcher que la démocratie soit écrasée en Espagne. Si cela devait arriver, cela entraînerait inévitablement la guerre. » Un appel qui compte, en ces décisives semaines du début de la guerre, où le gouvernement républicain tente par tous les moyens d’acheter des armes. Les armes qu’ont à profusion les fascistes et qui vont bientôt si cruellement manquer aux défenseurs de la liberté.
Où trouver ces armes ? Une délégation officielle espagnole composée de personnalités d’horizons divers se rend à Paris. Les Croix-de-feu menacent de dynamiter l’hôtel où descend la mission. Quant au Président de Conseil français, le socialiste Léo Blum, il annonce aux parlementaires espagnols que « la France ne peut pas intervenir », alors que ce qui lui est demandé se limite au respect des contrats signés avec Madrid. « Blum, indiquait Dolorès, parlait comme s’il lui était difficile d’articuler. Il se déclarait pacifiste, affirmait souffrir énormément, mais confirmait la politique de non-intervention de la France. Un moment, derrière ses longues mains fines, il se cacha les yeux. Pleurait-il ? De sa poche gauche, il tira un élégant mouchoir de soie et essuya une larme qu’il n’avait pas. »
Pour Pasionaria, la France ne se résume pas à Léon Blum. Le 8 septembre 1936, le Parti Communiste Français organise un grand rassemblement au Vel’d’Hiv à Paris. Elle y prononce une phrase célèbre : « Mieux vaut vivre debout que vivre à genoux. » Sur les murs des villes et des villages de France fleurit le mot d’ordre : « Des canons et des avions pour l’Espagne ».
De retour à Madrid, Pasionaria et ses camarades accélèrent le dispositif de défense de la capitale. Elle soutient l’idée selon laquelle il faut créer une armée régulière de la République dotée d’un seul drapeau et d’un commandement unique. Le Président du gouvernement, Largo Caballero, les anarchistes et les trotskistes estiment, eux, que de simples milices suffiront. Quand Dolorès et les communistes soulignent la nécessité de creuser des tranchées pour défendre Madrid, Largo Caballero tergiversent, allant jusqu’à clamer : « Les miliciens ne peuvent se transformer en taupes. » On voit Dolores aux quatre coins de la capitale. Ici, creusant une tranchée avec les habitants d’un quartier ; là, accompagnant Nehru et sa fille Indira Gandhi, des écrivains, des poètes tels qu’Ilia Ehrenbourg, Pablo Neruda, des vedettes comme le chanteur noir américain Paul Robeson.
Le 7 novembre 1936, elle accueille les Brigades internationales, « des frères venus du monde entier défendre la liberté ». Bref moment de joie dans la tragédie, car déjà l’artillerie et l’aviation fasciste pilonnent Madrid. Les mercenaires de Franco, les Junkers de Hitler et les forces motorisées de Mussolini font pression sur tous les fronts. Une situation si précaire que le gouvernement et le Parlement espagnols décident de transférer leurs services à Valence.
Durant ces années de guerre, aux côtés de José Diaz, le secrétaire général du Parti communiste d’Espagne, Dolores se dépense sans compter. La « Dame en noir » devient l’ennemi numéro un des franquistes et de leurs amis européens. Une campagne se déchaîne pour tenter de salir son image aux yeux de l’opinion. En France, le journal fasciste « Gringoire » écrit : « Pasionaria, quoique de race espagnole, est un personnage trouble. Ancienne religieuse, elle s’est mariée à un défroqué, d’où sa haine pour la religion. Elle s’est rendue célèbre un jour en se jetant sur un pauvre curé et en lui sectionnant la veine jugulaire à coups de dents. »
La propagande franquiste ne se différencie guère. Les soldats rebelles prisonniers des républicains parlent de Pasionaria avec horreur. A un groupe d’entre eux, Dolores demande comment ils imaginent Pasionaria. « Ce n’est pas une femme, c’est un fauve », répondent-ils. « Un peu comme moi », interroge-t-elle. « Quelle idée, rétorquent les prisonniers. Vous, vous êtes une femme espagnole, une vraie… ».
Les forces armées de la République ne peuvent contenir les troupes franquistes de plus en plus aidées par leurs parrains de Berlin et de Rome. Devant la gravité de la situation, Dolores retourne à Paris et s’adresse au monde : « En Espagne se livrent les premières batailles entre la démocratie et le fascisme qui veut étendre ses pouvoirs tentaculaires sur le monde pour étouffer la liberté et le progrès. Notre peuple accepte avec orgueil et pleine responsabilité la tâche que l’Histoire lui a réservée. Mais il exige qu’on ne l’abandonne pas. »
Les accords de Munich, la capitulation devant Hitler, accélèrent l’isolement de la République. L’URSS est seule à fournir une aide en avions, en armements divers, en combattants et conseillers expérimentés. Les pressions s’exercent de toutes parts sur le gouvernement Negrin qui, craignant la reconnaissance de Franco par les pays voisins, décide le retrait des Brigades internationales. Le 28 octobre 1938, Barcelone dit adieu aux volontaires. C’est alors que Pasionaria lance ces mots inoubliables : « Drapeaux d’Espagne, saluez ces héros, inclinez-vous devant ces martyrs. Mères ! Femmes ! Quand les blessures de la guerre seront cicatrisées, quand le souvenir des jours douloureux et sanglants laisseront place à un présent de liberté, de paix et de bien-être, quand les rancœurs seront atténuées, parlez à vos enfants, parlez des hommes des Brigades internationales. »
Tandis que Berlin aide Franco à écraser la République espagnole, l’armée allemande se prépare à déferler sur le reste de l’Europe. Pour Hitler, Madrid, Brunete, Guernica, Jarama constituent aussi un test militaire. Quant aux volontaires des Brigades internationales, ils seront de tous les combats – souvent les premiers – pour résister au fascisme.
Le 6 mars 1939, la direction du PCE décide le départ de Pasionaria. La chasse aux communistes est lancée dans tout le pays. Le 8 mars, sur un aérodrome proche d’Alicante, un groupe de guérilleros présente une dernière fois les armes à Dolores accompagnée de Jean Catela, député communiste français et futur martyr de la Résistance que les Pétainistes guillotineront le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé à Paris. Pasionaria étreint longuement les derniers soldats de la République puis monte dans un petit avion. Il lui faudra attendre près de quarante ans avant de revenir sur sa terre natale.
Oran, Marseille, Paris, Moscou. Dolores s’installe dans la capitale soviétique. Seule femme membre du Comité exécutif du Komintern, elle jouit d’une grande autorité. Sa fille étudie dans un institut technique, son fils Ruben dans une école militaire. Plusieurs milliers d’Espagnols vivent réfugiés en URSS lorsqu’Hitler déclenche l’opération « Barbarossa ». Objectif : Moscou. Les populations de l’URSS vont devoir affronter un conflit terrible au cours duquel vingt millions de femmes, d’enfants, d’hommes périront. Les exilés espagnols multiplient les démarches afin d’être intégrés aux forces armées de l’URSS. Les autorités de Moscou hésitent un moment, puis donnent le feu vert à la formation de la 4 ème compagnie de volontaires.
Le 18 juillet 1941, près de deux cents combattants espagnols se rassemblent dans la cour d’une caserne de Moscou. Pasionaria leur dit : « Aujourd’hui comme hier, vous vous trouvez les armes à la main contre le fascisme. Je suis persuadée que vous vous battrez avec honneur aux côtés du peuple soviétique dans la lutte contre l’hitlérisme et pour l’indépendance de l’Espagne. » A ce moment, une voix lance : « No pasaran ». Cette fois, en effet, les fascistes ne passeront pas. Environ mille volontaires espagnols s’enrôlent dans l’armée rouge. Ils sont particulièrement efficaces derrière les lignes allemandes pour des missions spéciales.
En septembre 1942, Dolores repliée avec l’équipe de Radio-Espagne indépendante à Oufa, la capitale de la République autonome de Bachkirie, s’adresse chaque jour à son pays. Elle s’attache particulièrement à dénoncer la division Azul mise à la disposition d’Hitler par Franco. Elle appelle les jeunes Espagnols à refuser de devenir « la chair à canon de l’Allemagne nazie ».
Un soir du début de l’automne 1942, le téléphone sonne chez Dolores. Une voix grave demande à lui parler et se présente : Nikita Khroutchev, commissaire politique d’un des fronts. Celui qui deviendra chef de l’Etat soviétique annonce à Dolores la mort du lieutenant Ruben Ibarruri à Stalingrad. Quelques mois auparavant, José Diaz, secrétaire général du PCE, condamné par un cancer, s’était suicidé à Tbilissi. Désormais, la direction du PCE repose sur Pasionaria.
La déroute des troupes hitlériennes redonne espoir aux républicains espagnols. Franco n’est-il pas un des plus fidèles alliés des nazis ? N’a-t-on pas promis de faire payer au dictateur ses crimes contre la République et ses complicités durant la guerre mondiale ? Sans attendre la fin du conflit, Pasionaria prend la route de Paris. Les autorités britanniques lui refusent une place dans un avion sous le prétexte que les appareils militaires ne peuvent accueillir une femme. Peu importe. Avec sa fidèle secrétaire Irène Falcon et le dirigeant communiste Ignacio Gallego, Dolores commence un long périple qui les conduit en Iran, en Egypte avant de débarquer à Boulogne. Le 8 mai 1945, c’est à Paris que Pasionaria fête la victoire sur le fascisme.
Son plus cher désir est alors de se rapprocher de l’Espagne. Elle s’installe à Toulouse. Pas pour longtemps. En 1950, le gouvernement français interdit les activités du PCE. Ses dirigeants avec l’aide précieuse et jamais démentie du Parti communiste français (PCF), rentrent dans la clandestinité. Pasionaria, elle, ne peut pas passer inaperçue. Elle regagne Moscou d’où elle dirige le parti jusqu’en 1960. Santiago Carrillo la remplace au poste de secrétaire général du PCE. Elle devient présidente du parti.
Pendant ces longues années, Dolores Ibarruri suit quotidiennement les événements dont son pays est le théâtre. Au micro de Radio-Espagne indépendante, elle commente la moindre grève. Sa voix est écoutée du Pays basque à l’Andalousie, dans les villes et les villages. Dès 1956, elle avance l’idée de la « réconciliation nationale ». Elle mène campagne pour sauver les démocrates espagnols condamnés par la dictature, de Julian Grimau aux cinq jeunes basques fusillés en 1975.
A Moscou, elle reçoit des personnalités de passage mais surtout des Espagnols qui lui racontent dans les moindres détails la vie quotidienne à Madrid et à Malaga, dans son cher Pays basque et en Catalogne. Dolores veut s’imprégner de tous les changements, de toutes les transformations. Au centre espagnol de la rue Jdanov à Moscou, elle redonne l’espoir. Et, bravant les interdictions, elle participe à des réunions dans des pays européens, à Paris notamment. Son exil prendra-t-il fin ?
Après la mort de Franco, le centre espagnol de la rue Jdanov se vide progressivement. La frontière des Pyrénées s’est ouverte pour la plupart, pas pour Pasionaria. Un ancien ministre du dictateur, Manuel Fraga Iribarne, déclare au journal « Sud-Ouest » : « Il est préférable que certains exilés restent hors du pays. Par exemple, Pasionaria. »
Au début de 1977, Dolores parle pour la dernière fois sur les ondes de Radio-Espagne indépendante. Ses camarades ont repris le combat sur le sol national. Pasionaria ne le peut toujours pas. A Madrid, les proches du dictateur disparu ont peur de la « Dame en noir ». Le mot d’ordre « Dolores à Madrid » s’inscrit sur les murs de la capitale. Le 11 mai 1977, le chargé d’affaires de l’ambassade d’Espagne à Moscou annonce à Pasionaria qu’elle peut – enfin – retirer son passeport.
Deux jours après, le vol régulier Moscou-Madrid est retardé. Les passagers ont leurs ceintures attachées et les réacteurs commencent à tourner. Des dirigeants soviétiques s’avancent lentement vers l’appareil entourant une dame en noir, les cheveux blancs ramassés en chignon. « Chers camarades, leur dit-elle, notre peuple affirme que partir c’est mourir un peu. Je ne crois pas que cela soit vrai car dans ce cas, partir signifie pour moi m’incorporer de nouveaux dans la lutte active qui va décider du destin de ma patrie. » Avant de s’engouffrer dans l’avion, elle se retourne une dernière fois pour dire au revoir à cette terre où elle laisse tant de souvenirs et où son fils Ruben repose à jamais.
Quelques heures plus tard, depuis le hublot de l’avion, Dolores redécouvre Madrid. Jusqu’à la dernière minute, l’arrivée de Pasionaria est tenue secrète. Les dirigeants du PCE craignent une provocation, le gouvernement une trop grande publicité. Mais à peine est-elle installée dans son appartement qu’il faut contenir les milliers d’amis, de camarades venus la saluer. Combien d’embrassades, combien de larmes de joie ? C’est dans son Pays basque qu’auront lieu les plus émouvantes des retrouvailles d’un peuple et de celle qui a si bien su en incarner le courage et l’espoir.
« Si, si, si, Dolores est avec nous », scandent des dizaines de milliers d’hommes et de femmes dans le palais des Foires de Bilbao. Près d’ici, en 1931, elle avait prononcé son premier discours. Un demi-siècle après, elle fait toujours vibrer la foule. « Il y a plus de quarante ans que physiquement j’ai dû quitter l’Espagne, déclare-t-elle, mais pas à un seul moment de ma vie, pendant les heures de joie et de tristesse, l’Euzkadi ne s’est éloigné de moi. »
Au siège du Comité central du PCE, en ce jour de 1981, la porte du bureau de Pasionaria s’entrebâillait pour la seconde fois. Irène Falcon, la secrétaire de Dolores m’adressait un regard courroucé. En quittant, la veille, le Cason del Buen Retiro et le « Guernica » de Picasso définitivement installé à Madrid, je lui avais promis que l’entretien ne durerait pas plus d’une heure. Fallait-il tenir ma promesse alors que Pasionaria parlait sans laisser poindre un signe de fatigue ? Et qui, sinon elle, pouvait mettre fin à la rencontre ?
Jusqu’à sa mort, Dolores Ibarruri est restée fidèle au combat révolutionnaire, à l’idéal communiste. La veille « Dame en noir », pour toujours, demeurera Pasionaria.
José Fort
source : « www.legrandsoir.info »
Le décret du 4 août 1789
Article Premier. - L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal, et décrète que, dans les droits et devoirs tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la mainmorte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité, et tous les autres déclarés rachetables, et que le prix et le mode du rachat seront fixés par l’Assemblée nationale. Ceux desdits droits qui ne sont point supprimés par ce décret, continueront néanmoins à être perçus jusqu’au remboursement.
2. - Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli ; les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés ; et durant ce temps, ils seront regardés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.
3. - Le droit exclusif de la chasse et des garennes ouvertes est pareillement aboli ; et tout propriétaire a le droit de détruire et faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique.
Toutes capitaineries, même royales, et toutes réserves de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies, et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du Roi.
M. le Président sera chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existant à cet égard.
4. - Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité ; et néanmoins, les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.
5. - Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelque dénomination qu’elles soient connues et perçues, même par abonnement, possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques et tous gens de mainmorte, même par l’ordre de Malte et autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïques en remplacement et pour option de portion congrue, sont abolies, sauf à aviser au moyen de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sot actuellement affectées [...]
6. - Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient ducs, gens de mainmorte, domaines apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toute dénomination, le seront pareillement au taux qui sera fixé par l’Assemblée. Défenses sont faites de plus à l’avenir de créer aucune redevance non remboursable.
7.- La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement ; et néanmoins, les officiers pourvus de ces offices continueront d’exercer leur fonction et d’en percevoir les émoluments, jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.
8. - Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires ; et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.
9. - Les privilèges pécuniaires personnels ou réels, en matières de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et dans la même forme […]
11. - Tous les citoyens, sans distinction de naissance, pourront être admis à tous les emplois et dignités ecclésiastiques, civils et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.
12. - A l’avenir, il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annates ou pour quelque autre cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois, toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.
13. - Les déports, droits de côte-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre et autres du même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et des archiprêtrés qui ne seraient pas suffisamment dotés.
14.- La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire excéderont la somme de trois mille livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfice, on une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà excède la même somme de trois mille livres […]
17. - L’Assemblée nationale proclame solennellement le Roi Louis XVI "Restaurateur de la Liberté française".
18. - L’Assemblée nationale se rendra en corps auprès du Roi, pour présenter à Sa Majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter l’hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le Te Deum soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même […] ».
Décret général concernant les droits féodaux supprimés sans indemnité, et ceux déclarés rachetables (15 mars 1790), extraits.
L’Assemblée nationale, considérant qu’aux termes de l’article premier de ses décrets des 4, 6, 7, 8 et 11 août 1789, le régime féodal est entièrement détruit ; qu’à l’égard des droits et des devoirs féodaux ou censuels, ceux qui dépendaient ou étaient représentatifs, soit de la mainmorte personnelle ou réelle, soit de la servitude personnelle, sont abolis sans indemnités ; qu’en même temps tous les autres droits sont maintenus jusqu’au rachat, par lequel il a été permis aux personnes qui en sont grevées de s’en affranchir, et qu’il a été réservé de développer par une loi particulière les effets de la destruction du régime féodal, ainsi que la distinction des droits abolis d’avec les droits rachetables, a décrété et décrète :
Titre Premier
Des effets généraux de la destruction du régime féodal
Article Premier. - Toutes distinctions honorifiques, supériorité et puissance résultant du régime féodal, sont abolies. Quant à ceux des droits utiles qui subsisteront jusqu’au rachat, ils sont entièrement assimilés aux simples rentes et charges foncières [24 février] […].
source : site du M’PEP
Mais l’héritage pacifiste de Jaurès est déjà le
patrimoine de l’Humanité qui tout au long de son histoire en portera témoignage. À chaque fois que le monde verra grandir les menaces de la guerre, le journal fondé par Jaurès va répondre
présent.
Le testament d’humanité et de paix que nous légua Jaurès reste en quelque sorte des balises, des points de repère dans l’histoire d’un combat qui n’a jamais
cessé tout au long du XXe siècle et qui, malheureusement, reste d’une brûlante actualité en ce début de XXIe siècle avec la guerre en Irak, en Afghanistan et en bien d'autres pays.
Nous n’oublions pas ce qu’il écrivait le 31 juillet 1914, quelques heures avant sa mort : « C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous
devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses, pour écarter de
la race humaine l’horreur de la guerre. »
source : « le travailleur catalan »
votre point de vue